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Fabrice Beyer


Santé mentale au travail

Ce 10 octobre marque la Journée mondiale de la santé mentale. C’est l’occasion d’aborder un sujet que beaucoup de managers portent en silence, à double titre : celui de leur équipe, et le leur.

En coaching, je rencontre des managers qui se sentent seuls face à ce sujet. Ils perçoivent qu’un collaborateur ne va pas bien, sans savoir s’ils doivent intervenir, comment le faire sans être intrusifs, ni jusqu’où va leur rôle. Certains, à l’inverse, s’improvisent aidants et s’épuisent à porter des situations qui dépassent largement leur fonction. Entre ces deux extrêmes se trouve une posture plus juste, et plus tenable : celle du manager qui sait ouvrir la porte, sans jamais tenter de poser un diagnostic.

 

1️⃣ Pourquoi ce sujet reste si inconfortable à aborder ?

 

La plupart des managers n’ont reçu aucune formation spécifique sur ce terrain. Ils craignent de dire ce qu’il ne faut pas, d’aggraver une situation fragile, ou d’engager une responsabilité qui les dépasse. Cette incertitude produit souvent un évitement — on ne dit rien, on espère que « ça passe », ou on se limite à alléger discrètement la charge sans jamais nommer ce qui se joue réellement.

 

À l’inverse, certains managers, par souci sincère de bien faire, franchissent une ligne qui n’est pas la leur : ils cherchent à comprendre en profondeur ce que vit la personne, proposent une analyse de sa situation personnelle, ou multiplient les entretiens informels avec l’intention d’aider — sans les outils ni la formation qu’exige ce rôle.

 

2️⃣ Ce que la santé mentale au travail n’est pas : la responsabilité du manager

 

Un manager n’a pas à diagnostiquer un état, à recommander un traitement, ni à se substituer à un professionnel de santé. Ce n’est pas seulement une limite prudente : c’est une frontière nécessaire, pour la personne concernée comme pour le manager lui-même, qui s’expose sinon à un rôle qu’il n’est ni formé ni légitime à occuper.

 

Ce n’est pas non plus un sujet à traiter uniquement à l’échelle individuelle. L’organisation du travail elle-même — charge, autonomie, reconnaissance, clarté des attentes — influence directement le climat psychologique d’une équipe. Un manager agit sur ce terrain organisationnel, ce qui est pleinement de son ressort, sans avoir à intervenir sur le terrain clinique, qui ne l’est pas.

 

3️⃣ Comment repérer les signaux sans jamais interpréter à la place d’un professionnel

 

Certains changements méritent l’attention d’un manager, non pas pour être diagnostiqués, mais pour être accueillis avec sérieux : un retrait social inhabituel de la part d’une personne habituellement engagée, une irritabilité ou une fatigue qui persiste sur plusieurs semaines, une baisse de performance nette et soudaine chez quelqu’un dont le travail était jusque-là stable, ou des propos exprimant un sentiment d’être dépassé de façon récurrente.

 

Ces signaux ne disent rien de précis sur ce que vit la personne. Ils indiquent seulement qu’un moment d’écoute, sans jugement ni tentative de résoudre à sa place, est nécessaire.

 

4️⃣ Trois leviers pour tenir sa juste place

 

👉 Explorer ce que l’autre observe concrètement, en restant sur des faits plutôt que des suppositions. « J’ai remarqué que tu sembles plus en retrait ces dernières semaines » ouvre un dialogue ; « je pense que tu fais un burn-out » ferme la porte en posant un jugement que le manager n’est pas légitime à poser.

 

👉 Réaligner son rôle sur ce qui lui appartient réellement : écouter sans juger, ajuster à court terme ce qui relève de l’organisation du travail, et connaître les ressources internes disponibles — médecine du travail, service RH, ligne d’écoute dédiée quand elle existe. En France, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24h/24 : une ressource à connaître et à transmettre si une situation de détresse importante semble dépasser largement le cadre du travail.

 

👉 Avancer en orientant plutôt qu’en gérant. Une fois le dialogue ouvert, le rôle du manager consiste à accompagner la personne vers la bonne ressource, pas à devenir lui-même cette ressource. Cette orientation, loin d’être un désengagement, est souvent l’action la plus aidante qu’un manager puisse offrir.

 

5️⃣ Ce qui ne fonctionne pas

 

Minimiser un signal en misant sur le temps (« ça va passer ») laisse souvent une situation s’aggraver silencieusement. À l’inverse, forcer la parole d’un collaborateur qui n’est pas prêt à s’exprimer produit fréquemment un repli plus marqué, plutôt que l’ouverture recherchée. Se positionner en confident ou en soutien psychologique de substitution, même avec les meilleures intentions, expose la personne à un accompagnement mal calibré — et le manager à un épuisement qui n’est pas le sien à porter.

 

6️⃣ Ce que cela coûte quand le sujet reste tabou

 

Une équipe où la santé mentale n’est jamais évoquée ouvertement voit les signaux traités trop tard, une fois la situation devenue critique — avec un absentéisme, un désengagement ou un départ qui auraient pu être anticipés. Le manager qui porte seul ce sujet, sans jamais l’aborder avec ses pairs ou sa propre hiérarchie, s’épuise également en silence — un point qui rejoint directement les autres états personnels abordés dans cette série : demander de l’aide n’est pas réservé aux collaborateurs.

 

Questions fréquentes

 

👉 Un manager doit-il évoquer la santé mentale même s’il n’est pas sûr de ce qu’il observe ? Oui, à condition de rester sur des faits observés plutôt que sur une interprétation. Un simple constat partagé avec bienveillance ouvre la porte sans imposer de conclusion à la personne concernée.

 

👉 Que faire si un collaborateur refuse d’en parler ? Respecter ce refus tout en réaffirmant sa disponibilité est la bonne posture. Insister risque de renforcer le repli. Le rôle du manager est de maintenir la porte ouverte, pas de forcer le passage.

 

👉 Le manager doit-il aussi prendre soin de sa propre santé mentale ? Absolument, et c’est un point souvent négligé. Un manager qui porte seul les difficultés de son équipe, sans jamais évoquer les siennes, s’épuise à un rythme qu’il ne perçoit pas toujours lui-même — d’où l’intérêt d’un espace, comme le coaching professionnel, pour poser ce qu’il porte au quotidien.

 

Et vous : dans votre équipe, la santé mentale est-elle un sujet qu’on ose évoquer directement, ou reste-t-elle un non-dit que chacun gère seul de son côté ?

Si ce sujet vous concerne — pour votre équipe ou pour vous-même — un premier échange de 30 minutes, offert et sans engagement, permet de poser clairement ce qui se joue et d’identifier les bonnes ressources.