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Fabrice Beyer


Oser dire non ne fait pas de vous quelqu'un de mauvais !

On pourrait croire que plus on monte dans la hiérarchie, plus il devient facile de dire non. C’est l’inverse que j’observe le plus souvent en coaching. Des dirigeants qui pilotent des budgets à sept chiffres, qui négocient sans trembler avec des partenaires stratégiques, mais qui repoussent pendant des semaines le recadrage d’un collaborateur en difficulté — ou qui acceptent, encore et encore, les exigences déraisonnables d’un client important. Ce n’est pas un manque de compétence managériale. C’est une confusion, très répandue et jamais nommée : celle entre la gentillesse et l’évitement du conflit.

 

1️⃣ Pourquoi ce tabou touche particulièrement le sommet (les bons, pas les pseudos managers)

 

Plus on occupe une position de pouvoir, plus le moindre désaccord exprimé pèse lourd. Un dirigeant qui recadre fermement un collaborateur risque d’être perçu comme cassant. Un dirigeant qui refuse une demande client redoute de fragiliser une relation commerciale construite sur plusieurs années. Le calcul, souvent inconscient, devient : mieux vaut encaisser que risquer l’image de quelqu’un de difficile. Ce calcul a un défaut majeur : il traite l’assertivité et la dureté comme une seule et même chose. Or ce sont deux registres différents, et les confondre coûte cher — en énergie, en crédibilité, et parfois en résultats concrets.

 

2️⃣ Ce que l’assertivité n’est pas

 

Être assertif, ce n’est pas être dur, cassant ou autoritaire. C’est exprimer une position claire, un désaccord ou un refus, sans agressivité et sans se justifier à l’excès. La nuance est fine mais déterminante. La gentillesse mal placée, elle, ne protège personne. Un client qui obtient systématiquement ce qu’il demande, même déraisonnable, apprend simplement que la limite n’existe pas — et la teste davantage la fois suivante. Un collaborateur dont les écarts ne sont jamais nommés clairement ne progresse pas ; il interprète le silence comme une validation tacite. Dans les deux cas, l’évitement du conflit à court terme construit un conflit plus lourd à moyen terme.

 

3️⃣ Comment cela se manifeste concrètement 

 

Dans mes accompagnements, ce manque d’assertivité prend des formes très reconnaissables : un mail de recadrage rédigé puis jamais envoyé, une demande client acceptée « pour cette fois » depuis six mois, une décision inconfortable systématiquement reportée au prochain comité, ou encore un désaccord exprimé uniquement en creux — par un ton plus froid, jamais par une phrase directe. Le point commun à tous ces signaux : la personne sait très précisément ce qu’elle devrait dire. Le blocage n’est pas dans l’analyse de la situation, il est dans le passage à l’expression.

 

4️⃣ Trois leviers pour retrouver sa fermeté sans se trahir

 

👉 Explorer ce que l’on redoute réellement en disant non. Ce n’est presque jamais le désaccord lui-même qui fait peur, mais une conséquence imaginée : perdre le client, être détesté par l’équipe, passer pour quelqu’un de rigide. Nommer précisément cette peur permet souvent de constater qu’elle est disproportionnée par rapport au risque réel.

 

👉 Réaligner la façon de dire non sur ses propres valeurs, plutôt que d’imiter un modèle d’autorité qui ne correspond pas à sa personnalité. On peut recadrer fermement un collaborateur tout en restant profondément bienveillant dans la forme — le fond ferme et la forme respectueuse ne s’opposent pas, ils se complètent.

 

👉 Avancer par des refus mesurés et progressifs. Commencer par une limite simple et peu risquée — un délai qu’on ne repousse plus, une demande mineure qu’on refuse clairement — avant de s’attaquer aux situations les plus chargées émotionnellement. Chaque refus assumé sans catastrophe renforce la conviction que l’assertivité est praticable.

 

5️⃣ Ce qui ne fonctionne pas

 

Basculer brutalement d’un excès de gentillesse à une fermeté cassante ne règle rien ; cela remplace un problème par un autre, souvent plus coûteux en termes de relations. L’équipe ou le client, habitués à l’absence de limite, vivent ce changement de ton comme une agression plutôt que comme une clarification — ce qui renforce, paradoxalement, la conviction initiale qu’il valait mieux se taire. De même, préparer un discours d’affirmation de soi théorique, sans l’ancrer dans une situation professionnelle réelle et imminente, reste rarement suivi d’effet : l’assertivité se construit dans l’action, situation par situation, pas dans la posture générale répétée devant un miroir.

 

6️⃣ Ce que cela coûte quand le sujet reste tabou

 

Un dirigeant qui n’ose pas recadrer voit sa parole managériale perdre en poids : l’équipe apprend vite que les limites annoncées ne sont pas tenues, et les écarts qu’on aurait dû corriger tôt s’installent durablement dans les habitudes de travail. Un dirigeant qui n’ose pas dire non à un client voit sa marge, son temps et parfois sa rentabilité s’éroder discrètement, demande après demande, sans qu’aucune ligne isolée du bilan ne permette d’en identifier la cause. Dans les deux cas, ce n’est pas la gentillesse qui est en cause — c’est l’absence de limite clairement posée derrière elle. Et plus le sujet reste tabou au sein de l’équipe de direction, plus chaque dirigeant croit être seul à le vivre, alors que le constat est en réalité très partagé.

 

Questions fréquentes

 

👉 Comment distinguer une vraie exigence légitime d’un client d’une dérive à recadrer ? La question à se poser est simple : cette demande était-elle prévue dans l’accord initial, ou en dehors ? Une dérive se reconnaît souvent à sa récurrence : ce qui semblait exceptionnel une fois devient systématique. C’est ce basculement qu’il faut repérer et nommer tôt.

 

👉 Peut-on devenir assertif si l’on a toujours fonctionné à l’évitement du conflit ? Oui, sans exception dans mon expérience d’accompagnement. Ce n’est pas un trait de personnalité figé mais un réflexe appris, donc modifiable — à condition de le travailler sur des situations concrètes plutôt que dans l’abstrait.

 

👉 Faut-il être assertif avec tout le monde, tout le temps ? Non. L’assertivité est un outil à mobiliser quand un désaccord ou une limite doit être posée, pas une posture permanente. Le confondre avec un mode de communication systématique conduit à l’épuisement, pour soi comme pour l’équipe.

 

Et vous : la dernière fois que vous avez évité de dire non à un client ou de recadrer un collaborateur, qu’est-ce qui vous a réellement arrêté ?

Si cette question résonne, un premier échange de 30 minutes, offert et sans engagement, permet d’identifier précisément où se situe le blocage et les premiers leviers pour le lever.