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Fabrice Beyer


L'identité professionnelle n'est pas toute ton identité

Dans les trois articles précédents, j’ai parlé du cadre à poser avant de partir, du non à tenir pendant les congés, et de la préparation d’une reprise sans épuisement. Ces trois sujets partagent une hypothèse commune : que la rentrée consiste à reprendre, mieux organisée, la trajectoire qu’on avait laissée en juin. Je veux terminer ce mois d’août sur une idée différente. La rentrée n’oblige personne à reprendre à l’identique. 

Elle peut être, aussi, le moment où l’on choisit de ne pas reprendre le même chemin — même quand ce chemin fonctionne, même quand il porte tous les signes de la réussite.

 

1️⃣ Une phrase que je disais aux autres, et que je n’appliquais pas à moi-même

J’ai passé plusieurs années dans des fonctions managériales, principalement dans le secteur de l’hôtellerie, en France et à l’étranger. J’y ai accompagné des équipes dans leurs évolutions, leurs défis et leurs doutes ; des professionnels aguerris dans leurs reconversions ; des managers dans leurs prises de poste ; des investisseurs dans leurs réflexions et leurs ambitions. Face à la tension, au découragement ou à la prise de recul nécessaire, je répétais souvent la même phrase, presque comme un réflexe : « Ce n’est que du travail. » Cette phrase n’avait rien de désinvolte. Elle visait à rappeler que l’identité professionnelle n’est pas toute l’identité, que la valeur d’une personne ne se réduit jamais à un poste, une performance ou une rentrée réussie. Elle a aidé beaucoup de monde à respirer, à relativiser, à repartir avec plus de recul.

Et pourtant, j’ai été le premier en difficulté quand il s’agissait de me l’appliquer à moi-même.

 

2️⃣ Le décalage qui ne se voit pas de l’extérieur

Chaque rentrée, je reprenais essentiellement la même posture que celle que je conseillais aux autres de quitter : une implication totale, une confusion presque complète entre ce que je faisais et ce que j’étais. De l’extérieur, rien n’indiquait de problème. Les résultats étaient là, la trajectoire semblait cohérente. Le décalage, lui, était intérieur : je transmettais une prise de recul que je ne m’accordais pas.

C’est ce type de décalage qui, je crois, se joue à chaque rentrée pour beaucoup de professionnels — à une échelle parfois plus modeste que la mienne, mais avec le même mécanisme. On revient de congés, et la question n’est pas seulement « quel volume de travail m’attend », mais aussi, plus silencieusement, « est-ce que je veux reprendre exactement la posture que j’avais avant de partir ». La première question s’impose d’elle-même. La seconde demande qu’on prenne le temps de se la poser, ce que le rythme de la reprise décourage justement de faire.

 

 

3️⃣ Evoluer sans se trahir

 

 

C’est cette contradiction, vécue et répétée sur plusieurs rentrées, qui a fini par donner corps à ce qui est aujourd’hui ma signature professionnelle : évoluer sans se trahir. Je me suis formé en profondeur au coaching professionnel et personnel, à la PNL, à d’autres outils du développement de la personne — non pas parce que le travail que je menais avait échoué, mais parce que continuer à le mener de la même façon, sans jamais m’appliquer ce que je disais aux autres, revenait à me trahir un peu plus à chaque rentrée.

 

 

Ce principe n’a rien d’exceptionnel dans son fond — beaucoup de personnes vivent, un jour, un décalage similaire entre ce qu’elles conseillent, ce qu’elles attendent des autres, et ce qu’elles s’autorisent à elles-mêmes. Ce qui diffère, c’est la capacité à le nommer avant qu’il ne s’impose sous une forme plus brutale : épuisement, désengagement, ou rupture professionnelle mal préparée. La rentrée, parce qu’elle offre un point de bascule naturel dans l’année, est un moment particulièrement propice pour se poser cette question à froid, plutôt que d’attendre qu’elle se pose d’elle-même dans l’urgence.

 

4️⃣ Explorer, réaligner, avancer : une méthode, pas une révolution

 

Ce cheminement, je l’ai depuis structuré dans l’accompagnement que je propose : explorer ce qui se joue réellement derrière une insatisfaction diffuse, réaligner ses choix professionnels avec ce qu’on découvre à travers cette exploration, puis avancer sur cette nouvelle trajectoire de façon concrète. Ce n’est pas une méthode qui pousse au changement pour le changement. Reprendre à l’identique après la rentrée est parfois exactement le bon choix — quand le poste, la fonction, la trajectoire correspondent toujours à ce qu’on veut construire. Le problème n’est pas de reprendre pareil. Le problème est de reprendre pareil par défaut, sans avoir vérifié que c’est toujours le bon chemin.

 

 

Se poser cette question ne demande pas de tout remettre en cause chaque année. Elle demande simplement une forme d’honnêteté avec soi-même : est-ce que je reprends ce poste, cette fonction, ce rythme, parce que j’y crois toujours, ou parce que c’est ce que je faisais avant les vacances et que le plus simple est de continuer ainsi. Cette question, on peut ne pas y répondre tout de suite. Mais la poser, dès la rentrée, change déjà quelque chose : elle transforme une reprise automatique en un choix conscient, même si ce choix confirme, au bout du compte, de continuer exactement comme avant.

 

 

5️⃣ Ce que je retiens de ce mois d’août (et que je te conseille de retenir)

 

Le cadre avant de partir, le non pendant les congés, la préparation d’une reprise sans épuisement : ces trois leviers organisent une rentrée plus saine. Mais une rentrée peut aussi être davantage qu’une reprise bien gérée. Elle peut être l’occasion de vérifier qu’on avance encore dans la bonne direction — et, si ce n’est plus le cas, de commencer à évoluer sans se trahir.

 

FAQ

 

👉 Faut-il remettre en cause sa trajectoire professionnelle à chaque rentrée ? Non. Il s’agit simplement de vérifier, consciemment, que la trajectoire actuelle correspond toujours à ce qu’on veut construire — pas de chercher un changement systématique.

 

👉 Comment distinguer une simple lassitude passagère d’un vrai décalage professionnel ? La lassitude passagère s’estompe généralement après quelques semaines de reprise. Un vrai décalage persiste, revient à chaque rentrée, et concerne le fond du poste plutôt que sa charge ponctuelle.

 

👉 Peut-on amorcer une réflexion de ce type seul, sans accompagnement ? Oui, en partie. Un accompagnement aide surtout à structurer cette réflexion et à la transformer en décisions concrètes, plutôt qu’à la laisser à l’état de question diffuse pendant des mois.

 

👉 « Évoluer sans se trahir » signifie-t-il qu’il faut toujours changer de poste ou d’entreprise ? Non. Cela peut aussi signifier faire évoluer sa posture, ses missions ou son périmètre au sein d’un même poste, dès lors que cette évolution reste fidèle à ce qu’on veut devenir.

 

Vous sentez, à l’approche de cette rentrée, un décalage entre votre poste actuel et ce que vous voulez vraiment construire ? Parlons-en lors d’un échange gratuit de 30 minutes, sans engagement.